« La Droite a-t-elle encore un avenir ? »

Les Républicains Sciences Po ont eu, le mercredi 4 Octobre 2017, l’honneur de recevoir M. Perrineau, et M. Thréard dans le cadre d’une conférence sur l’avenir de la Droite. Malgré un sujet alarmiste, les conférenciers ont tenté de donner des pistes de réflexion sur une éventuelle refondation de la Droite.

• Pascal Perrineau, le politologue, s’est adressé en premier à la salle afin de dresser le paysage de la Droite et d’en faire le diagnostic :

L’élection présidentielle de 2017 marque la fin d’un cycle dans la mesure où, pour la première fois, la droite n’est pas présente au second tour. Le paysage politique français s’en trouve particulièrement chambardé. Ce changement est marqué par un renouvellement sauvage des générations, en proie à un dégagisme virulent, même au sein du parti « Les Républicains ».

Cette droite est particulièrement touchée par une « vieille propension gauloise à la division », et le cycle électoral de 2017 a amplifié ce phénomène. En 2002, l’UMP avait réussi à sceller une véritable alliance de la droite et du centre, en 2017, la fracture se rouvre, la tendance à la réunification des centres s’accentue tandis que les plus radicaux se rapprochent. Selon Pascal Perrineau, le clivage UDF – RPR revient sur le devant de la scène politique.

Parallèlement à cette fracture idéologique latente au sein des élites du parti, celui-ci est confronté à la dispersion de son électorat. Les Républicains est un parti d’électeurs qui ne répond pas à la même tradition électorale que celle des partis de gauche. Parmi les électeurs les « moins  à droite » du parti, on estime à 19% ceux qui, au second tour ont voté pour Marine Le Pen contre 81% pour Emmanuel Macron, alors que parmi les électeurs les « plus à droite » du parti, cette tendance s’inverse, 83% auraient voté pour Marine Le Pen contre 17% pour Emmanuel Macron.

Mais Les Républicains doivent faire face à un autre défi, celui du Front National, qui fragilise son électorat, jouant sur plusieurs stratégies (que cela soit les thématiques de campagne ou surfant sur la vague dégagisme qui balaie le paysage politique français).

Enfin, le parti fait face au défi Macron. Quel avenir pour Les Républicains face au macronisme étant donné que 60% des électeurs de François Fillon le soutiennent ? Il y a, chez les électeurs fillonistes, un véritable tropisme pour Emmanuel Macron, ceux-ci étant surtout attirés par le volet économique des programmes. Cependant ce constat est à nuancer, grâce aux enjeux régaliens et sur les mœurs, bien que les électeurs traditionnels de la droite ne soient pas à la pointe du combat anti-Macron.

 

• Puis, c’est Yves Thréard, le journaliste, qui a livré son analyse, en insistant sur le fait que l’avenir des Républicains dépendrait de la réussite ou de l’échec d’Emmanuel Macron.

Deux points sont à soulever : d’abord, 2017 est l’expression d’un moment politique exceptionnel. Emmanuel Macron, propose une « Révolution » politique face à une droite et une gauche malades et victimes de la pression des extrêmes. Ce moment politique est comparable à 1974, dans le caractère inédit qu’il revêt. Valéry Giscard d’Estaing théorise un centre, il n’a alors que quarante-neuf ans, et c’est un état d’esprit qu’il réforme. Il bouscule la France avec l’IVG ou le droit de vote à 18 ans.

Mais Emmanuel Macron est différent, d’abord par son manque d’expérience du milieu politique. Il n’est connu que depuis deux ans. Ensuite il s’appuie à l’Assemblée Nationale sur une majorité qui n’a pas les codes classiques du système politique. C’est un jeune homme de trente-neuf ans, bénéficiant d’une large majorité et de cette chance inouïe qu’est l’air de dégagisme qui souffle sur la France. Son socle électoral n’est pas épais mais il fait face à des forces politiques victimes de désincarnation. Au Parti Socialiste comme aux Républicains, les déficits d’image et de charisme se font cruels.

Le redressement de la droite ne commence ni par le projet ni par les idées, mais par la réincarnation du parti par un Homme charismatique, cet homme providentiel cher à la droite.

La droite ne fait, depuis dix ans que le copier-coller de ses recettes d’antan. Les Républicains se sont fait subtiliser par En Marche son fond de commerce économique traditionnel.

Cette élection au sein du parti en décembre n’est selon Yves Thréard absolument décisive. Le nom du gagnant est déjà prévisible. Maintenant il s’agit de comprendre comment Laurent Wauquiez envisage sa présidence.

Néanmoins, Les Républicains ont une chance, la faiblesse actuelle du Front National, et ses électeurs qui pourront revenir dans le giron des LR.

 

En conclusion, trois éléments peuvent servir de pistes de réflexion et d’apaisement concernant le redressement de la droite. D’abord, sa remise au travail et le choix de son chef, ensuite la possibilité d’échec d’Emmanuel Macron (en politique les ennemis aidant bien plus leurs ennemis que l’on ne s’aide soi-même). Enfin, la droite est tranquillisée sur son flanc droit par les difficultés auxquelles le Front National est confronté.

 

 

 

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